ARNAUD MAGUET
   
 

extrait de STILL DIGGIN par Olivier Michelon, 2004

"Le secret de l’art d’Elvis ne se cache pas tant dans un art de création que dans la transcription d’un style traditionnel dans un autre répertoire. Pour faire une telle transposition, vous devez être stylistiquement sophistiqué. Vous devez voir tous les styles familiers couchés devant vous, comme les couleurs sur la palette d’un peintre. Une telle sophistication aurait pris des années pour se développer dans le monde pré-médiatique de la musique populaire. Mais du moment qu’avec la radio chaque enfant américain commençait à grandir avec un accès illimité à tous les types de musique, n’importe quel garçon avec une bonne oreille et le talent nécessaire pouvait le faire. Et depuis ses plus jeunes années, Elvis Presley était une merveilleuse mimique".
Albert Goldman, Elvis, 1982

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
  [...] Recourant à l’esthétique pop qui court des années 1950 aux années 1970, Maguet a échangé le divan et la parole contre le lounge et la stéréophonie mais a conservé les traumatismes d’enfance.. Une enfance d’autant plus marquante qu’elle serait fantasmée. L’artiste avouant avec plaisir une seule nostalgie : "la nostalgie de ce que je n’ai pas connu". Ce sentiment ambigu rappelle la "nostalgie imaginée" relevée par Arjun Appadurai (1), mais elle est ici cultivée sur une mémoire collective, amplifiée et déformée par des strates de subculture (punk, rock-garage, hip-hop, psychédélisme, easy-listening) qui ont finalement toutes poussé sur un terreau fertile : l’âge d’or du rock’n’roll. Une époque sans limites puisqu’elle n’est qu’une longue survivance et agonie, une histoire qui ne demande qu’à se prolonger à rebondir pour qui veut y croire encore. Regroupé sous le titre In Elvis We Trust, le corpus elvisien d’Arnaud Maguet n’a rien d’une parodie morbide, il se contente de faire sien la logique de survivance du fan toujours prompt à se frotter à des reliques, éteintes comme des enseignes à la gloire du King abandonnées dans une décharge de Las Vegas.[...] "Quand la légende est plus belle que l’histoire il faut imprimer la légende", est-il dit dans l’Homme qui tua Liberty Valence.

1 "Ce sentiment inculqué, calculé pour intensifier le rythme d’achat en jouant sur la version marchande de la fin de l’histoire, est la toute dernière torsion du pacte entre nostalgie et imaginaire dans le marketing moderne. Plutôt que d’attendre que le consommateur fournisse des souvenirs tandis que le vendeur fournit le lubrifiant de la faculté de nostalgie à une image qui lui fournira le souvenir d’une perte qui n’a jamais été soufferte. On pourrait appeler cette relation la "nostalgie en pantoufles": une nostalgie sans expérience vécue ni mémoire collective historique". Arjun Appadurai, Après le colonialisme, Payot, 2001, p.126
   
   
 
 

Arnaud Maguet
RGB selfportrait
2007
©photo Stéphane Accarie


  accueil lieux d'exposition abonnement