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Julien Bouillon est avant tout un photographe de genre. Il photographie par désœuvrement ou par commodité.
Il photographie les prédateurs, les photographes.
Abyssale mise en abîme, son travail n’évoque pas seulement la distance à l’objet représenté mais aussi la distance aux processus de distanciation eux-mêmes.
S'il porte un regard particulier aux petites choses, c'est toujours avec une vision transhistorique des situations qui ont précédé la sienne. Détournement, sampling, cryptage, ces positions pourraient évoquer un programme quelque peu désinvolte. On peut bien penser qu'en déplaçant le point de vue ou en posant des pièges à interprétation, Julien Bouillon cherche à échapper aux critiques mais cela est sans doute dû à nos propres failles.
“Au-delà de cet esprit de contradiction qui lui est propre, précise Eric Mangion, ce qui intéresse le plus Julien Bouillon, c’est d’interroger le statut des objets ou des images, tout autant que leur ‘destin’ dans le champ de la culture (ou tout simplement face à notre regard).
C’est pour cette raison que la plupart de ses pièces apparaissent au bout du compte comme les symptômes d’un dysfonctionnement. Leur ambiguïté est leur étrangeté. Et vice-versa. Son objectif est de ne pas en épuiser le sens, afin de proposer des ‘tableaux à vivre’1, c’est-à-dire des œuvres difficiles à circonscrire en un seul coup d’œil, mais dont on se sentirait tout de même proches. Pour cela, les choses oscillent toujours entre leur surface et leur profondeur, entre leur insignifiance et leur possible intelligence, renvoyant ainsi à la fameuse ‘inquiétante étrangeté’ dont parlait Freud à propos de certains objets familiers et distants à la fois. Ceux de Julien Bouillon ne le sont pas moins"2.
1 Selon ses propres mots.
2 Eric Mangion, “Et il fait tout ce qui est noir en blanc !”, in catalogue de l'exposition Julien Bouillon, Méméplexe, Centre National d’Art Contemporain de la Villa Arson, 2007
Julien Bouillon (1971, Forcalquier), vit et travaille à Nice
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